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dimanche 12 novembre 2017

En Lettonie, le 11 novembre est le jour de Lāčplēšis


 
A l’ouest de l’Europe, le 11 novembre est celui de 1918, la date de signature du cessez-le-feu mettant fin aux combats de la Première Guerre mondiale. Mais la Lettonie célèbre, elle, un autre 11 novembre, celui de 1919.

Le 11 Novembre, les Lettons célèbrent en effet le Jour de Lāčplēšis (Lāčplēša Diena). Ce jour a pour objet de commémorer le combat des habitants de la Lettonie contre tous les envahisseurs (et Dieu sait qu’ils ont été nombreux).
 

Mais, sur le plan historique, c’est surtout une réminiscence du 11 Novembre 1919, victoire dans la guerre de libération nationale, qui s’est déroulée de Décembre 1918 à Août 1920. Ce jour-là marque la fin de la bataille de Riga, victoire de l’armée lettone sur celle de Bermondt-Avalov, ce pseudo prince russe, mais véritable aventurier aux origines incertaines, qui avait formé des Corps francs russo-allemands, avec la bénédiction du général allemand Von der Goltz censé avoir retiré ses troupes de Lettonie. 
Pavel Bermondt-Avalov
 
Lāčplēšis fait référence au personnage central d’un poème épique éponyme, écrit entre 1872 et 1887, à l’époque donc de la Renaissance nationale du peuple letton, par Andrejs Pumpurs (1841 – 1902), une figure marquante du mouvement «Jaunlatvieši » (« Nouveaux Lettons »).
Andrejs Pumpurs
 
Lāčplēsis avait été choisi par les dieux pour devenir le héros de son peuple. Son nom signifie pourfendeur d’ours car, jeune homme, il avait déchiqueté un ours de ses propres mains, épisode qui apparaît sur le socle du Monument de la Liberté à Riga (cf. ci-dessous). Après maintes aventures, où la lutte de Lāčplēsis contre les Germaniques est omniprésente, le héros disparaît finalement dans la Daugava avec son dernier adversaire, le Chevalier noir, celui-ci ayant découvert que la force de Lāčplēsis résidait dans ses oreilles (sa mère étant une ourse). Mais la légende dit que Lāčplēsis reviendra pour libérer son pays en rejetant le monstre à ma mer. Les ennemis potentiels de la Lettonie sont prévenus.
 

NB : La Fête Nationale lettone tombe une semaine plus tard, le 18 Novembre, et commémore la Proclamation d’Indépendance (Latvijas republikas proklamēšana diena) du 18 Novembre 1918..

On notera que l’Ordre de Lāčplēsis a été institué à cette occasion et que les premiers récipiendaires l’ont reçu le 11 Novembre 1920 (il a été attribué jusqu’en 1928). Parmi les récipiendaires, j’ai compté 49 Français s’étant illustrés lors de la guerre d’indépendance de la Lettonie, dont certains sont bien connus des spécialistes de cette période : le Général Niessel, le Général Janin, le Capitaine de Vaisseau Brisson et le Lieutenant-colonel du Parquet. Mais on trouve également le Maréchal Foch et le Général Weygand, ainsi que la ville de Verdun.   
 

 

dimanche 5 novembre 2017

4 novembre 1612 : les milices russes reprennent Moscou aux Polono-Lituaniens


NB : les dates ci-dessous sont données dans le calendrier julien . Il convient donc d’ajouter 10 jours - qui correspondent au décalage entre les deux calendriers entre 1582 et 1700 – pour obtenir la date correspondante du calendrier grégorien. Le 22 octobre 1612 du calendrier julien est donc le 4 novembre du calendrier grégorien.


Le 22 octobre 1612 une milice russe, précédée de l’icône de la Vierge de Kazan, rentre à Moscou et en chasse les envahisseurs polonais qui l’occupaient depuis plus de 2 ans.

Icône de la Vierge de Kazan

Tout avait commencé en 1584 avec l’arrivée sur le trône de Fédor 1er, un Riourikide, fils d’Ivan IV dit le Terrible. Fédor est qualifié de « peu intelligent, légèrement retardé et incapable de gouverner » ! Le sachant, Ivan IV avait institué un Conseil de régence, mais c’est en fait Boris Godounov, beau-frère du Tsar Fédor, non membre du Conseil, qui s’empare de facto du pouvoir. Après la mort de Fédor le 7 janvier 1598Boris Godounov est élu Tsar par un Zemski Sobor (qu’on peut comparer aux Etats Généraux en France) convoqué par le patriarche Job.

Fédor 1er
Il va s’en suivre une période d’une quinzaine d’années pendant laquelle les intrigues et les rivalités des prétendants au trône vont mettre en péril l’existence de l’État russe. Cette période est connue sous le nom de Temps des troubles.

De 1601 à 1603, la famine et la peste ravagent les campagnes et des hordes de brigands pillent le pays. Aussi, lorsque le premier faux Dimitri (un imposteur du nom de Grégori Otrepiev, prétendant être le Tsarévitch Dimitri, fils d’Ivan IV mort à Ouglitch en 1591 dans des circonstances troubles) entre en Russie en octobre 1604, il est bien accueilli par toutes les couches sociales, lassées de Boris Godounov. Dimitri entre à Moscou le 30 juin 1605, après la mort subite de Boris Godounov et l’assassinat de la veuve et du fils de celui-ci. Couronné Tsar le 30 juillet 1605 sous le nom de Dimitri II, réformateur mais contesté, il sera assassiné le 17 mai 1606, 9 jours après son mariage avec une noble polonaise, Marina Mniszek. 

Car la République des Deux Nations (polono-lituanienne) joue un rôle …… trouble pendant cette période. Des membres de la noblesse polono-lituanienne soutiennent le faux Dimitri en 1605 – 1606, mais sans l’accord du Roi Sigismond III (Zigmantas Vaza). Quand le Tsar Vassili IV Chouiski (légalement élu après le premier faux Dimitri) conclut une alliance avec les Suédois en 1607, Sigismond III déclare la guerre à la Russie, dans l’espoir d’obtenir des concessions territoriales.

Sigismond III de Pologne

Après quelques victoires, dont celle de la bataille de Klouchino (4 juillet 1610), les Polono-Lituaniens font leur entrée à Moscou. Le 27 août 1610, le prince Ladislas, 15 ans, fils de Sigismond III, est désigné Tsar par un conseil restreint des boyards russes. Mais le Roi de Pologne, arguant de jeune âge de son fils, envisageant de venir lui-même de régner à Moscou, l’ensemble des boyards refuse d’agréer cette nomination ! Les Russes, sous le commandement de Procope Liapounof, se soulèvent et assiègent en mars 1611 les soldats polonais cantonnés dans le Kremlin de Moscou. L’anarchie s’installe dans le Tsarat.  

C’est le Prince Dmitri Pojarski qui accepta de prendre la tête d’une armée de volontaires en formation à Nijni-Novgorod, à condition d’être assisté d’un boucher prospère, Kuzma Minin, membre de la guilde de Nijni-Novgorod. Après avoir prié l’icône de Notre-Dame de Kazan, une des plus saintes de Russie, Pojarski et ses troupes mirent le siège au Kremlin de Moscou le 18 août 1612 et interceptèrent les renforts du Grand Hetman de Lituanie, Jonas Karolis Chodkevičius. Un des points clés fut la capture, par la Prince Dmitri Troubetskoï, des provisions destinées à la garnison polonaise du Kremlin. La famine s’installa et la garnison dut se rendre le 22 octobre 1612.   

Monument à la gloire de Minine et Pojarski, devant la cathédrale Saint-Basile 
Au début de 1613, le Zemski Sobor décide d’élire un Tsar russe et, le 21 février 1613, choisit Michel Romanov, dont la famille est proche des anciens Riourikides, et qui sera couronné le 22 juillet 1613 sous le nom de Michel 1er.  

La Russie tsariste a fêté ce jour jusqu'en 1917, sous le nom de jour de l'unité nationale ( День народного единства ). Cette fête du 22 octobre / 4 novembre a été ré-instituée en 2005 par Vladimir Poutine, dans le but non avoué de damer le pion aux célébrations de la Révolution d'Octobre (7 – 8 novembre), Elle est par ailleurs le prétexte à des « Marches russes » dans les grandes villes de Russie, organisées par les nationalistes néo-fascistes russes.

Marche russe



mardi 31 octobre 2017

31 Octobre 1517: les 95 thèses de Luther et la Livonie

Martin Luther

Même en l’absence de témoignage direct sur l’événement, l’affichage sur les portes de la chapelle du château de Wittenberg (ville de Saxe-Anhalt située au bord de l’Elbe), le 31 Octobre 1517, de ses « 95 thèses » par le moine et théologien allemand Martin Luther (1483 – 1546) est logique avec les usages du temps. Pour l'anecdote, cet affichage est rapporté par un philosophe professeur à Wittenberg du nom de …… Mélanchthon.


Les 95 thèses condamnaient violemment la vente d’indulgences que pratiquait l’Eglise Catholique Romaine, et plus durement encore les pratiques du Haut clergé et notamment de la Papauté. On peut consulter les 95 thèses, dont le nom officiel est Martini Lutheri disputatio pro declaratione virtutis indulgentiarumpar exemple surhttp://fr.wikipedia.org/wiki/95_th%C3%A8ses.

Fac-similé des 95 thèses


Ce faisant, Martin Luther ne se doutait pas qu’il allait créer une nouvelle religion et bouleverser, moins d'un demi-siècle plus tard, l’équilibre géopolitique de la région balte.

Sur le territoire de ce qui est aujourd’hui – grosso modo – la Lettonie et l’Estonie, la Confédération livonienne exista de 1228 à 1560. Elle regroupait cinq petits Etats : l’Ordre Livonien, l’archevêché de Riga et les évêchés de Dorpat (aujourd’hui Tartu), d’Ősel-Wiek et de Courlande. Créée par le Légat du Pape en 1228, afin de minimiser les conflits, la Confédération était en fait contrôlée par les Chevaliers Porte-Glaive.



Mais, en 1558, Ivan IV, premier tsar de Russie, déclenche la Guerre de Livonie car il veut accéder, et au-delà dominer, la Mer Baltique. La Russie emporte des succès initiaux, et envahit la Confédération livonienne. Affaibli, le Maître de l’Ordre livonien, Gothard Kettler, doit se résoudre, en 1559, à demander l’aide de Sigismond II Auguste,Roi de Pologne Grand-duc de Lituanie, moyennant des concessions. Parallèlement, Gothard Kettler, conscient des progrès du luthéranisme parmi ses sujets, se convertit et sécularise à son profit les terres de l'Ordre (attitude qui ressemble à celle d'Albert de Brandebourg, dernier Grand-maître de l’Ordre Teutonique en Prusse, en 1525).

Gothard Kettler

Le Traité de Vilnius est signé le 28 Novembre 1561Par ce Traité, la Confédération livonienne résiduelle reconnaît la suzeraineté du Roi de Pologne – Grand-duc de Lituanie (Pacta subiectionis). Gothard Kettler, dernier Maître de l’Ordre livonien, devient Duc héréditaire de Courlande et de Sémigalle, vassal de Sigismond II Auguste ; le reste du pays est placé sous administration lituanienne. La capitale du Duché passe de Riga, restée polonaise, à Mitau (aujourd’hui Jelgava).  


Le 5 Mars 1562, Gothard Kettler dépose solennellement à Rīga le manteau des Chevaliers Porte-Glaive, en faisant allégeance au Roi de Pologne, représenté par Nicolas IV Radziwiłł, Palatin de Vilnius et Gouverneur de la Livonie. Il épouse en 1566 la princesse Anne von Mecklembourg-Schwerin et il s’ensuit une dynastie Kettler jusqu’en 1737. Le 25 Juin 1570, il publie les « Privilegium Gotthardium », la première Constitution de Courlande.

Château de Mitau / Jelgava

dimanche 8 octobre 2017

La LITPOLUKRBRIG portera le nom de Kostanty Ostrogski



L'idée d'une Brigade multinationale lituano-polono-ukrainienne (LITPOLUKRBRIG) remonte à juin 2007. Il faut toutefois attendre le 19 septembre 2014 pour que la Brigade soit formée de facto, suite à l'occupation et à l'annexion de la Crimée ukrainienne par la Russie. Le PC de la Brigade a été inauguré à Lublin (est de la Pologne) le 25 janvier 2016. La Brigade a participé à son premier exercice d'entraînement, « Brave Band », en février 2016.



C'est ce 5 octobre 2017 que la Brigade a reçu le nom de Kostanty Ostrogski

Kostanty Iwanowicz Ostrogski (en lituanien Konstantinas Ostrogiškis) était un magnat du Grand-duché de Lituanie, né vers 1460 à  Ostroh, dans l'ouest de l'actuelle Ukraine. Il commença sa carrière militaire sous le règne du Roi de Pologne / Grand-duc de Lituanie Jean 1er Albert (Jan I Olbracht – règne de 1492 à 1501) et prit part à plusieurs guerres contre les Tatars et contre la Moscovie.

C'est après sa victoire près d'Ochakiv contre le Khan de Crimée Mukhamad Khan Girai qu'il reçut le titre de Grand Hetman de Lituanie le 11 septembre 1497. Lorsqu'en 1512 commence la 4ème guerre entre le Grand-duché de Lituanie et la Moscovie, Kostanty Ostroski est le commandant en chef de toutes les forces polono-lituaniennes, environ 35 000 hommes. Le 8 septembre 1514 il remporte à Orsha une victoire significative contre les forces supérieures en nombre (80 000 hommes) du Grand-prince de Moscou Vasili III Ivanovitch, aux ordres du Prince Mikhail Golitsin.

Kostanty Ostroski

A sa mort le 10 août 1530, c'est un chef de guerre très respecté. Bien que loyal au monarque catholique polono-lituanien, il était de religion orthodoxe et fut enterré à la Pecherska Lavra de Kyiv, dans la cathédrale de la Dormition. La ville de Starokostiantyniv dans l'ouest de l'Ukraine, dont il avait fait construire la forteresse, porte son nom. Comme il était locuteur de langue ruthène, il est considéré comme un précurseur de la langue ukrainienne et est à ce titre considéré comme un héros en Ukraine.

On constate donc que le choix du nom de Kostanty Ostroski pour la Brigade lituano-polono-ukrainienne est judicieux dans la mesure où, son son commandement, ont été fédérées les armées lituano-ruthènes et polonaises pour battre le Mocovite !

NB : le commandant actuel de la LITPOLUKRBRIG est le Colonel polonais Zenon Brzuszko.