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mercredi 23 août 2017

23 août 1939 : Le pacte Molotov–Ribbentrop - 23 août 1989 : La Voie Balte


Tous les 23 août, les Baltes célèbrent un double événement : l’un, tragique dans ses conséquences, le Pacte Molotov – Ribbentrop du 23 août 1939, l’autre, synonyme de révolte et d’espoir, la Voie Balte du 23 août 1989

Après leur retour (Lituanie) ou leur accession (Lettonie, Estonie) à l’indépendance en 1918, les États baltes avaient signé avec la Russie soviétique des traités de paix et des pactes de non-agression. Pressentant le conflit européen, ils avaient adopté, début novembre 1938, des textes de lois destinés à manifester leur volonté de rester neutres, à l’écart d’un éventuel conflit.

De son côté l’URSS, inquiète des projets d’expansion à l’est de l’Allemagne cherchait à conclure des accords d’alliance, y compris d’entraide militaire, avec la France et la Grande-Bretagne. Mais ces derniers, faisant preuve d’atermoiements, les soviétiques vont se détourner des démocraties occidentales pour se rabattre sur un accord avec l’Allemagne nazie.

Le 23 août 1939, l'Union soviétique, représentée par son Ministre des Affaires Étrangères, Viatcheslav Molotov, et l'Allemagne nazie, représentée par son homologue, Joachim von Ribbentrop, signent à Moscou un Traité de non-agression entre l'Allemagne et l'Union des républiques socialistes soviétiques, plus communément appelé Pacte Molotov-Ribbentrop.



Le traité proclamait un renoncement au conflit entre les deux pays, ainsi qu'une position de neutralité dans le cas où l'un des deux pays signataires serait attaqué par une tierce partie.

Mais le traité comportait également plusieurs protocoles restés longtemps secrets qui déterminèrent le destin des États Baltes pour 50 ans. Dans ces protocoles, les deux puissances totalitaires s’entendaient pour se partager la Pologne et pour désigner la frontière nord de la Lituanie comme ligne de partage entre leurs « sphères d’influence ». Ainsi, la Finlande, l’Estonie et la Lettonie tombaient dans la sphère d’influence soviétique, la Lituanie dans celle de l’Allemagne.

Ayant les mains libres à l’est, Hitler envahit donc « tranquillement » la Pologne le 1er septembre 1939, ce qui conduisit à la Deuxième Guerre mondiale par l’intervention, le 3 Septembre, de la France et de la Grande-Bretagne volant au secours de leur allié polonais. De son côté, l’URSS envahit la Pologne par l’est le 17 septembre 1939, sans même de déclaration de guerre préalable. Le 28 septembre 1939, les deux puissances totalitaires signèrent un nouvel accord de délimitation des frontières, avec un accord secret complémentaire par lequel la Lituanie tombait, à présent, dans la sphère des intérêts soviétiques.


On n’oubliera pas également que, suite au pacte, l’URSS approvisionna largement l’Allemagne en matières premières (notamment pétrole, caoutchouc, céréales), ce qui permit à celle-ci de constituer des stocks nécessaires à son armée et à son industrie pour la suite de la guerre. C'est ainsi grâce à de l'essence russe que l'Allemagne put envahir la France en mai 1940 ! (Ci-dessous, fraternisation de soldats nazis et russes).



Aujourd’hui, la Fédération de Russie ne fait commencer la seconde Guerre Mondiale qu’en 1941, revendiquant même le titre de principal vainqueur. C’est « oublier » un peu rapidement que, pendant deux ans, elle fut un allié fidèle du régime nazi. Ça en serait presque cocasse si, dans le même temps, elle n'accusait pas les États baltes d'encourager la résurgence du nazisme chez eux ! 

Cinquante ans après, le 23 août 1989, en signe de protestation contre l’occupation dont ils étaient victimes, 2 millions de Baltes (donc un quart de la population totale) se donnèrent la main sur 675 km, entre Vilnius et Tallinn via Riga. Ce fut la Voie Balte, destinée à attirer l'attention de l'Occident sur le sort des États baltes. Les participants demandaient la reconnaissance des protocoles secrets du pacte Molotov-Ribbentrop, mais surtout le rétablissement de leur indépendance et de leur liberté.



Au passage, le logisticien que je fus ne peut qu’être admiratif devant l’organisation d’un tel événement, au nez et à la barbe de l’occupant ! Le parcours exact fut LT: Vilnius – Širvintos – Ukmergė – Panevėžys – Pasvalys – LV: Bauska – Iecava – Ķekava – Rīga – Vangaži – Sigulda – Līgatne – Drabeši – Cēsis – Lode – Valmiera – Jēči – Lizdēni – Rencēni – Oleri – Zasi – Rūjiena – Koniņi – EE:  Nuija  Karksi Viljandi – Türi – Rapla – Tallin.

Depuis 2009, le 23 août est la Journée européenne de commémoration des victimes du stalinisme et du nazisme.

Aujourd'hui, 23 août 2017, des bruits de bottes, toujours les mêmes, se font encore entendre dans la région, en préambule à la manoeuvre „Zapad-2017“ qui va amener des milliers de soldats russes et bélarusses aux frontières des Etats baltes.




dimanche 18 juin 2017

Lituanie : à propos de la Colline des Croix



Par le biais des alertes Google, je suis encore tombé ce matin sur un site faisant remonter l'installation de la Colline des Croix, près de Šiauliai dans le nord de la Lituanie, au XIVe siècle. Je ne suis pas surpris dans la mesure où c'est ni plus ni moins qu'un copier-coller de Wikipédia (« Les premières croix ont été posées sur la colline fortifiée au xive siècle ») qui relève du domaine de la bourde historique ! Je pense toutefois qu’il n’est pas inutile de rappeler l’histoire de cette colline.

Faisons tout de suite un sort à quelqu'un qui s’auto-baptise « un des meilleurs connaisseurs des Pays baltes » ! Non, les premières croix n’ont pas été érigées par les Lituaniens après la bataille de Saulė (qui, au passage, n’a vraisemblablement pas eu lieu près de Šiauliai) en 1236 ! Pour la simple raison qu’en 1236 les Lituaniens étaient païens et qu’ils n’ont été convertis au christianisme (du moins leurs chefs, à commencer par le Grand-duc Jogaila) qu’en 1386, avec une brève parenthèse opportuniste (1252 – 1260) sous Mindaugas.

A la vérité, sur cette colline de Jurgaičiai (Jurgaičių piliakalnio ) il n’y avait jusqu’au XIVe siècle qu’un château en bois qui participait à la défense du Grand-duché de Lituanie contre les incursions des Chevaliers livoniens, château qui fut brûlé en 1348.
 

La première mention écrite de la présence de croix sur cette colline date de 1850. Le trésorier du district de Šiauliai, Mauricijus Griškevičius, fait état d’un habitant de Jurgaičiai qui avait fait la promesse à Dieu en 1847 de mettre des croix sur la colline s’il survivait à une grave maladie. Il est vraisemblable toutefois que les premières croix aient été placées après l’insurrection de 1831 par les proches des victimes lituaniennes, les autorités russes tsaristes n’ayant pas permis que celles-ci aient une sépulture décente. Puis les croix devinrent plus nombreuses après la seconde insurrection de 1863.

A la fin du XIXe siècle, la colline était déjà un lieu sacré réputé. Le premier comptage des croix eut lieu en 1900 et on dénombra alors 130 croix ; en 1938, il y en avait 400.

Sous l’occupation soviétique, la Colline des Croix prit une importance particulière, devenant le symbole de la résistance au régime. En 1960 il y avait plus de 2 000 croix, aussi le gouvernement soviétique, considérant le lieu comme hostile, détruisit les croix en 1961 et planta à la place des arbres décoratifs. A plusieurs reprises, la colline fut rasée par les bulldozers, notamment en 1973, 1974 et 1976, et le site était gardé par l’armée soviétique et le KGB. En 1978 et 1979 il eut même des tentatives pour construire un barrage afin d’inonder la zone. Mais, à chaque fois, les Lituaniens réussissaient à revenir et chaque année, environ 500 croix devaient être détruites par l’occupant. 

Ce n’est qu’à partir de 1985 que la Colline des Croix fut laissée en paix et, après le retour de la Lituanie à l’indépendance, elle gagna une réputation désormais mondiale. A l’époque, des volontaires de Šiauliai comptèrent 14 387 grandes croix. Il est aujourd’hui impossible de dire combien de millions de croix de toutes tailles il y a sur le site, des centaines s’ajoutant quotidiennement.

Le Pape Jean-Paul II visita la Colline des Croix le 7 Septembre 1993 et fit don d’une croix haute de 3,80 mètres que l’on peut voir à l’entrée du site.




Aujourd'hui, la Colline des Croix est un lieu national majeur lituanien. Personnellement, ce que je trouve le plus remarquable, c’est que le site est ouvert à tous les vents mais que personne, au grand jamais personne, n’aurait l’idée de toucher aux médailles, chapelets, voire pièces de monnaie, et bien sûr aux croix de toutes tailles déposées là. En Lituanie, on a encore apparemment le sens des valeurs.  


vendredi 16 juin 2017

"Don't look back in anger"

Il est parfois, souvent même, des choses plus importantes à faire que de mettre à jour un blog !

Depuis fin avril, j'ai donné la priorité aux conférences que je donne aux militaires français qui partent en Estonie dans le cadre de la « enhanced Forward Presence » de l'OTAN. C'est ainsi que j'étais le 16 mai au 121e Régiment du Train à Montlhéry et le 7 juin au 2e Régiment Étranger d'Infanterie à Nîmes. Ce cycle Estonie devrait se terminer le 5 juillet au camp de Mourmelon, au 501e Régiment de Chars de Combat.

Outre qu'il est valorisant de voir qu'on me fait confiance pour transmettre mes connaissances alors que je suis de facto civil (j'ai dépassé l'âge d'être Officier de réserve depuis « un certain temps »), il est pour moi intéressant de comparer in situ les corps de troupe d'aujourd'hui avec ce qu'ils étaient il y a 17 ans, lorsque j'ai quitté le service actif. On me permettra toutefois d'invoquer le devoir de réserve afin de garder pour moi mes réflexions.

eFP en Estonie

Il est du domaine du possible que je continue à la rentrée avec des conférences sur la Lituanie, les éléments français basculant en effet en novembre 2017 du soutien des Britanniques en Estonie à celui des Allemands en Lituanie. Mais étant « payé à l'acte » (et en l’occurrence pas encore payé de mes missions du mois de mars!), mon statut est quelque peu précaire …...

En outre, un incident – par définition non prévu – est venu perturber mon emploi du temps, Venu passer, le 17 mai, une épreuve d'effort à l'hôpital militaire Begin (Saint-Mandé), je me suis retrouvé hospitalisé pendant 8 jours, le temps de trouver le traitement ad hoc pour minimiser mon arythmie cardiaque. Juste histoire de me rappeler que chaque jour je vieillis ……

Entrée de l'hôpital Bégin

Néanmoins, ma vie continue à ne pas être un long fleuve tranquille, et c'est tant mieux ! J'envisage toutefois de faire un tri sérieux dans mes diverses activités à l'horizon de 2019,

Je pars ce lundi pour 8 jours en Bretagne (Saint-Gildas de Rhuys, Morbihan) pour des vacances qui, comme d'habitude, ne seront pas vraiment du repos.

Du 30 juin au 3 juillet, je serai à Lyon pour aider à tenir le stand de la Lituanie lors des traditionnelles Fêtes Consulaires sur la place Bellecour. C'est pour moi une obligation morale que de traverser la France pour, avec d'autres amis, donner un coup de main à mon ami Consul Honoraire de Lituanie pour promouvoir ce pays dont nous sommes plus que des fans.

Le 5 juillet, je serai donc à Mourmelon et le 6 je passe un IRM à l'HIA Begin, en espérant qu'on ne me refasse pas le coup de l’hospitalisation ……

Camp de Mourmelon
Du 3 au 18 août, j'accueillerai mon ami letton qui n'est pas venu en France depuis 2 ans.

Merci donc de pardonner mes absences passées et à venir sur ce blog. En tout état de cause, ne regardez pas en arrière avec colère …...



vendredi 28 avril 2017

Avril 2007 : l'affaire du soldat de bronze à Tallinn






Du 26 au 28 avril 2007, la capitale estonienne a connu des émeutes qui, avec le recul, de dix années, peuvent être interprétées comme la première manifestation d'une guerre hybride.

En septembre 1944, puis en avril 1945, les restes de soldats soviétiques sont enterrés sur la colline de Tonismägi, dans le centre de Tallinn. Le 12 juin 1945, la place est renommée « Square des Libérateurs », Un mémorial, commandé à l'architecte Arnold Alas, est inauguré le 22 septembre 1947 ; sa statue centrale est un soldat de bronze, œuvre du sculpteur Enn Roos. En 1964, il est ajouté une « flamme éternelle ».

Le problème est que ce soldat « libérateur » apparaissait, aux yeux des Estoniens, comme le symbole de 50 ans d'occupation.

Le 4 mai 2006, les partis conservateurs de centre droit Union de la patrie et Res Publica demandent à la municipalité de Tallinn de prévoir le déplacement du monuments à un endroit moins central et la ré-inhumation des restes de soldats dans un cimetière militaire. C'est le Parti de la Constitution, soutenu par le Kremlin, dont le leader est Andrei Zarenkov, qui exprime le premier son opposition au déplacement.

Le site du monument sur Tõnismägi devint rapidement le point de fixation à la fois des nationalistes estoniens et des groupes extrémistes russes. « Nochnoy Dozor », la Garde Nocturne , est créée, avec pour objectif la protection du monument. Ça n'empêche pas celui-ci d'être vandalisé le 22 mai 2006, Le 26 mai, le Ministre de l'Intérieur interdit tout rassemblement aux alentours immédiats du monument, lequel est gardé 24 heures sur 24 par la police.

Le 10 janvier 2007, le Riigikogu (parlement) vota le « Décret de protection des tombes de guerre » qui stipule que le Premier Ministre peut décider du déplacement des restes de soldats si leur lieu d'inhumation est inapproprié. Le 9 mars 2007, le Ministère de la défense recommanda de déplacer les restes des soldats de Tõnismägi. Les travaux préparatoires commencèrent le 26 avril. À 04H30 du matin.

Mais, rapidement, la tension monta, notamment à partir de 9H du matin ce 26 avril. Les manifestants lancèrent des pavés sur les policiers (ce qui n'est pas vraiment dans les mœurs locales) qui durent faire usage de lacrymogènes et de canons à eau. Des voitures furent endommagées et des boutiques pillées. Il fut procédé à 300 arrestations, la plupart des prévenus ayant moins de 20 ans. Les manifestations reprirent le 27 avril soir, s'étonnant même à Narva et Jöhvi, dans l'extrême nord-est russophone de l'Estonie.


Dans la nuit du 27 au 28 avril, devant la gravité de la situation, le gouvernement réuni dans la nuit décide de faire enlever le soldat de bronze le lendemain matin, d'un seul tenant. En outre, la vente de l'alcool est interdite sur tout le territoire estonien du 28 avril au 2 mai. Mais la situation ne reviendra au calme qu'à partir du 9 mai. Ces manifestations auront toutefois fait un mort, Dmitri Ganin, 20 ans, poignardé dans des conditions non encore élucidées à ce jour. Les centaines d'arrestations ne conduiront qu'à 91 inculpations et 6 emprisonnements.



Il est aujourd'hui certain que des agents des forces spéciales russes, en provenance a priori de la Brigade de Spetsnaz de Pskov (de l'autre côté de la frontière) , on coordonné les manifestations, ravitaillant en outre les insurgés en liquide inflammable et en …… vodka.

En outre, l'Estonie a eu à subir le 9 mai la première cyberattaque par déni de service (DoS attack) d'envergure sur les sites des journaux, les banques et les organismes gouvernementaux. L'attaque ayant eu lieu le jour où la Russie célèbre la victoire de 1945, le 9 mai et non pas le 8 mai comme les autres pays, tous les regards accusateurs se tournèrent vers Moscou …...

Ces événements de 2007 contenaient donc déjà tous les ingrédients d'une attaque hybride (manipulation des masses par des agents sur le terrain et cyberattaques) que l'Estonie pourrait bien subir à nouveau dans un futur plus ou moins proche.

Le soldat de bronze à son emplacement actuel, dans le Cimetière des Forces de Défense de Tallinn